« La Pantoufle » met en scène un bébé encore bien à l’abri dans le ventre de sa mère, qui se prépare
à naître en essayant des sentiments, des émotions et des situations comme il imagine qu’il les vivra une fois né.
Ecrite en 11 tableaux, dont un prologue et un dénouement, le bébé nous propose ses visions personnelles de
l’amour, de la vieillesse, de la mort. Il se confronte à la peur, expérimente le tremblement de ventre,
le petit frère et la petite soeur, le partage, le mensonge et la colère; il s'essaie de manière calamiteuse à être adulte,
sans oublier de poser mille questions...et mille autres encore...pour tout savoir.
Lové dans une pantoufle gigantesque, ou évoluant alentours, le bébé est accompagné dans son voyage par un
adorable oreiller, incarné par la comédienne, qui participe à ses jeux, collabore activement à ses expériences, le
guidant si nécessaire, parmi la multitude d'objets farfelus et " pontiesques" qu'il utilise pour ses démonstrations.
Petite philosophie poétique et cocasse, cet itinéraire, à la fois physique et spirituel, va le conduire jusqu'à
sa naissance. Le texte de la pièce, petite merveille d’inventions,
est le reflet de l’univers des albums créés par Claude Ponti.
L'AUTEUR
Claude Ponti fréquente l'école des Beaux Arts d'Aix en Provence puis suit des études de lettres et d'archéologie à
Strasbourg. Dessinateur à l'Express de 1968 à 1984, il expose ses dessins et ses peintures à Paris entre 1972 et
1978, et crée déjà de nombreuses illustrations pour le presse enfantine. Mais c'est à partir de 1985, inspiré par la
naissance de sa fille Adèle, qu'il se consacre pleinement à la création d'albums de littérature jeunesse.
" Mes histoires, dit-il, sont comme des contes, toujours situées dans le merveilleux, elles parlent de la vie intérieure
et des émotions de l'enfance, ainsi chaque enfant peut-il mettre ce qu'il veut dans les images : les personnages et les
rêves qui sont les siens".
Paru en 2006 aux éditions de l'Ecole des Loisirs, " La Pantoufle " est le premier volet d'une " Trijolie ", à laquelle
appartiennent également les textes " Bonjour " et " Ou sont les mamans ".
LES INTENTIONS DE MISE EN SCENE
Créer un univers visuel à la hauteur de l’inventivité du texte
Tout concourt à évoquer la richesse des univers visuels de Claude Ponti et permet aux plus petits d’accéder à la
compréhension du texte. La pantoufle et sa périphérie contituent le " dedans du dedans " du bébé, enclave
sécurisante, « boîte à magie », qu’ il pourra faire évoluer au gré de ses évocations .
Un fond de scène coloré et interchangeable, deux armoires « magiques » occupent son monde amniotique aussi
confortable qu' une chambre d’enfant.
Les accessoires apparaissent au fur et à mesure de leur évocation, comme des mises au réel des pensées du bébé.
Travailler sur la légèreté, la gaieté et l’expression du désir alliées aux couleurs chatoyantes des décors et
accessoires pour faire ressentir à l’enfant-spectateur que toute naissance ne peut exister que parce que le petit
d’homme est habité par une miraculeuse envie de vivre : c’est cette envie de vivre qu’il faut jouer !
Spectacle très visuel, gai et dégagé de tout pathos, ce texte est entendu par les jeunes de tout âge !!
DES RIDEAUX MAGIQUES...
Rideau de scène
Il se ferme à chaque épisode, au son d’une petite ritournelle qui accompagne les changements de décors, la
permutation des acteurs, et la mise en place de nouveaux univers, au gré des aventures du bébé…
Les pauses ainsi ménagées permettent au spectateur de savourer chaque tableau, de susciter l’attente de la
nouvelle aventure et de la nouvelle ambiance visuelle.
Au moment de la naissance, il se déchirera pour laisser sortir l’enfant, et portera les trophées qu’il aura du
abandonner.
Armoires magiques
Boites à magie, elles s'ouvrent et se referment, juste commandées par l'imaginaire du bébé-Ponti et par les besoins
de ses démonstrations; apparaissent alors images et objets étranges comme autant d'illustrations spontanées de
ses pensées et de son insatiable curiosité.
Décors de fond de scène
Rideaux peints et suspendus, ils viennent s’accumuler dans une rigole, au fil des épisodes et déclinent chacun à
leur façon le thème de la bulle d'eau et du milieu amniotique. Simples bulles pour le prologue, elles se transforment,
s’enrichissent, changent de couleurs, suivent l’humeur du bébé, et illustrent les ambiances des 9 mois de gestation.
Le dernier rideau, uni, identique au rideau de scène qui sépare le dedans du dehors, annonce la sortie
et donc la naissance.
Le bébé, les acteurs
Le costume commun aux deux acteurs (grenouillère et bonnet) pose le personnage tout en laissant place aux
individualités des comédiens ; on parle DU bébé , et pas D'UN bébé ; chaque comédien développe sa propre
gestuelle, son intonation, son dynamisme…le spectateur à liberté de s’identifier à l’un ou l’autre.
La Pantoufle
Géante, elle peut accueillir le bébé et son Oreiller. Modulable, elle sert de lit, de réfrigirateur, de véhicule...
Elle peut même disparaître de scène, comme par magie.
L’Oreiller
Géant et habité par la comédienne, petit pour les câlins du soir, ou tout petit qui tient dans la main, il est à la fois
un objet transitionnel et une vraie personne, selon les besoins du bébé.
THEMATIQUES ET CONCLUSION
La pantoufle parle de la vie dans toutes ses composantes :
physiologique (grossesse et développement du bébé, croissance et vieillissement...),
morale (notions du bien et du mal, du permis et de l'interdit...), affective (les émotions, les sentiments...),
et sensorielle ( la vue, l'ouie, le toucher,...).
Univers essentiels de la pièce, le monde extérieur et la "bulle" amniotique au sein de laquelle le bébé se développe
interagissent continuellement.
"Le dedans du dedans" que représente la pantoufle, constitue le lieu unique où le bébé peut encore s'imaginer
bien à l'abri du dehors et de ses mystères.
Qu'il s'approche de cette membrane vibrante au travers de laquelle il perçoit sourdement ses premières impressions
du monde extérieur et c'est soudain une infinité de sensations grisantes, de supputations naïves et de
conclusions poétiques et cocasses qui le plongent dans l'ivresse d'une vie fantasmée.
Véritable " laboratoire" de l'existence, il s'y livre avec une imagination débordante à toutes sortes de tentatives,
dont les plus périlleuses et les plus présomptueuses nécessitent l'intervention bienveillante
et toujours rassurante de son ami l'oreiller.
Le paroxysme et ses conséquences ne sont jamais loin. Malgré ses appréhensions, le bébé va au bout de ses
expériences et il faut bien un biberon, un doudou, sa grande pantoufle et le moelleux de son oreiller pour apaiser
ses plus grandes frayeurs...
En contrepoint à son espièglerie et à sa témérité, le bébé vit dans un univers de douceur, de tendresse et d'amour et
se demande en fin de compte ce qu'il adviendra de cette plénitude affective et de son exclusivité au premier jour de sa naissance.
L'avenir sur lequel ouvre le final de la pièce, lui fournit d'emblée un élément crucial de réponse au travers de sa toute première rencontre avec l'autre.