« C’est une ville, le soir. Une petite ville ou une capitale ? On ne sait pas. En tout cas c’est l’heure des
informations et les
grands sont devant la télévision. »
Privé de son 2pièces/cuisine/salle de bains, Petit Homme vit à même le trottoir, au pied d’un immeuble
que la gardienne défend avec acharnement contre les moutons de poussière et cet « Amadou là
» qui, d’un carton,
s’est fait une maison.
Tourné vers la belle étoile, Petit homme tombe amoureux fou de Demoiselle Sylvie, la petite
danseuse dont
les « pas de deux, pas de une » se déploient sur les toits et dans « les nuages au premier
étage »
Réveillée en pleine nuit par la gardienne en furie, le brigadier mal luné est sommé
de mener l’enquête et de rétablir l’ordre au ras du trottoir.
La sagesse de l’ Homme au tambourin, roi, poète et musicien poussé par l’air et les chants
du monde, sera
précieuse pour que chacun s’accorde et soit gagné à sa manière par « le beau pays
d’imagination ».
Des mots bulles de savon rimées qui éclatent en paillettes rythmées, des inventions
aussi décoiffantes que le tuyau poil-poil, des lumières bleutées, du crépuscule à l’aube,
sous l’œil bienveillant et patient d’une ronde demi-lune, des apparitions, des disparitions,
des transformations de sorcière en midinette, des personnages marionnettes
qui dansent sur les toits, des cris, des chutes, des caleçonnades, des murmures,
des sourires, des pas de danse, pas de deux, pas de une, des soupirs,
quelques petits silences, un clin d’œil et un seul bisou-câlin… Dreli, drelin, voilà l’homme au tambourin….
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L'AUTEUR
Monique Enckell a vécu 10 ans en Afrique. Tour à tour
infirmière, enseignante et comédienne, elle réalise 2 films
dont " Si j'avais mille ans ", primé au festival d'Avoriaz en 1981. Elle écrit pour la radio et pour le théâtre,
publie son premier roman " Madame l' Afrique " aux éditions du Seuil, plusieurs livres pour la
jeunesse
parmi lesquels " le grand nénuphar d'Amazonie " et" quand je serai grande, je serai étrangère ",
parus respectivement aux éditions Avant Scène et au Seuil ( collection fiction ).
Elle anime également des ateliers d'écriture dans les écoles, collèges et lycées.
" Si je n'avais pas écrit, explique t-elle, j'aurais voulu être trapéziste.
Le trapèze, c'est la liberté dans l'espace.
Il n'y a que quand j'écris pour les enfants
que je retrouve cette liberté là."
" 2 jambes, 2 pieds, mon oeil " a été créé par France Culture en 1996 et publié par " L'école des loisirs " en 2003.
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LES
PERSONNAGES
Bien campés sur ce bout de trottoir, ils sont archétypés ; en Comédia, on parlerait de Colombine, d’Arlequin, de Polichinelle
et de Matador… Dans les contes traditionnels, il y aurait la princesse, la marâtre, le benêt et
le héros dépourvu qui sera
aidé par sa bonne fée. Ou comme dans le magicien d’Oz, un gentil épouvantail, amoureux d’une poupée de
chiffon,
ou encore le guignol et son gendarme. Bref, bref mélangez le tout, mélangez le bien…. Dreli, drelin…
La Gardienne des lieux
Reine de son trottoir, veuve d’alcoolique, elle régente son immeuble,
surveille de sa fenêtre les allées et venues des locataires, chasse les
oiseaux moqueurs et les moutons de poussière, et n’hésite pas à
faire appel aux forces de l’ordre.
Ménagère exemplaire, son costume sort tout droit des rayons « entretien»
de nos supermarchés : perruque-serpillière espagnole, robe en torchon de cuisine,
tablier de maison digne des films de Tati mâtiné de Jean Paul Gaultier, elle manie
avec énergie son balai-magique qui lui obéit au doigt et à l’œil, sa balayette et
son seau-couvre chef.
Quant à sa robe de mariée qui sort de son placard , elle est confectionnée
dans de la toile cirée à dentelle plastique. C’est une fausse méchante, aigrie par la vie,
mais qui sous ses dehors grognons, n’aspire qu’à rencontrer l’amour,
et à retourner au « pays d’imagination »...
Le Brigadier mal luné
« la tête à l’envers, le képi de travers », il n’a pas grand chose dans la tête.
Tiré du lit en pleine nuit, il ne pense qu’à y retourner, baille, soupire et
grommelle, joue les sous-préfets au champs, est amoureux des étoiles
qui lui chantent à l’oreille, et remplit son carnet de contraventions de
rimes vacillantes.
Il a bien le costume rouge et or et le grand képi du gardien de l’ordre,
mais c’est surtout pour plaire aux fées…grand cœur et petit pois dans la tête,
il suit l’air du temps, et le dernier avis donné ; il obéit à la gardienne, a peur
de son chef, et se laisse gruger par le petit homme farceur et débrouillard.
Son personnage sort directement de la farce, et c’est un ridicule un peu balourd,
mais bien attendrissant.
Demoiselle Sylvie
Sorte de Colombine, elle fait penser aux petites danseuses des
boîtes à musique, un peu écervelée, midinette à la quête d’un bon
petit mari, elle danse sur les toits, et passe sa vie en tutu.
Son costume de danseuse aux grelots scintillants, ses longs
cheveux de laine et de ficelle, ses faux cils et ses tâches de rousseur,
sa gestuelle un peu raide de poupée mécanique piochent dans
les images d’Epinal de la poupée de chiffon, la danseuse du petit ramoneur,
la Dorothée du magicien d’Oz.
L’Homme au Tambourin
Le « Messager, l’Ambassadeur Délégué à Grand Bruit », qui réveille
les morts et active l’Amour. Traité en voix off, il domine la scène,
sous la forme d’un grand soleil à tête humaine, s’illumine quand il
parle et chante, réchauffant le monde de ses belles couleurs.
C’est le guérisseur, le marabout, celui qui sait, qui aide, qui ouvre
la porte du pays d’imagination. Petit Homme l’invoque, danse sur
sa musique pour oublier ses soucis.
Il soufflera le mot magique à Demoiselle Sylvie, et insufflera à tous
la force de l’amour.
Petit Homme
Homme tout court qui se bat avec son destin, auquel il essaie d’échapper
en s’inventant une maison sur le trottoir, en jouant avec les mots.
Facétieux, il est proche d’Arlequin, gruge le Brigadier, se moque de
la gardienne, se faufile entre les mailles des normes et des lois,
mais rappelle aussi le Pierrot, par sa candeur et ses accès de
mélancolie et de poésie.
Pantalon (jean) rapiécé à l’emblème du soleil, chaussettes et baskets
dépareillées, tee-shirts enfilés en plusieurs couches pour se protéger du froid,
son costume évoque tout cela.
C’est un prince charmant à l’envers, qu’un baiser va réveiller.
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LES PARTIS PRIS DE MISE EN SCENE
L'espace scénique
la pièce se joue sur deux espaces
au premier plan, celui des acteurs :
Une rue bordée d’immeubles éclairés par des néons à l’arrière, venant illuminer les fenêtres en calques de bleus différents,
avec les avancées de la loge de la gardienne et ménageant de l’autre côté une entrée pour les visiteurs.
Certaines fenêtres s’ouvrent sur la rue, permettant aux acteurs d’apparaître. Une marelle légèrement surélevée
matérialise l’espace du petit homme, et permet à son carton de se déployer, et d’ouvrir sur son
imaginaire.
au second plan, celui des marionnettes :
Elles sont les doubles des personnages réels et dansent sur les toits entre la "demi lune " et le soleil, sortes
de lampions géants, accrochés sur un véritable ciel étoilé scintillant de centaines de leds.
Un soin particulier est apporté aux lumières. L’ambiance rappelle les petites heures du matin, bleutées,
propices aux rêves et aux merveilles.
Ces deux plans peuvent surligner les écarts existant entre la réalité parfois amère, et l’imaginaire plus
féérique,
et les donner à voir aux spectateurs.
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Les éléments du
décors
Le carton du Petit Homme :
Conçu comme une marelle repliée, il apparaît comme un simple carton
d'emballage mais peut se déployer et livrer aux yeux de tous l’imaginaire
du Petit Homme. C’est sa boîte à magie, où il a peint les pièces de
sa maison, …sa cuisine lui offre des guirlandes de tomates, banquet
sans cesse renouvelé; sa chambre est aux couleurs de la nuit étoilée de
Van Gogh, berceau des rêves les plus doux; sa salle à manger ornée
d’un chaud soleil lui tient lieu de chauffage, et sa salle de bains ,
piscine à vagues, bulle à loisir…
La structure légère du carton permet de le déplacer au gré de la fantaisie
du Petit Homme et de ménager à chaque fois de nouvelles surprises pour
les spectateurs : trappe à malice, carton volant, carton cache-cache, carton dansant...
Les marionnettes :
Manipulées à l’arrière du décor, ce sont des marottes dont la tête
est sculptée à l'effigie des acteurs. Prenant le relai des personnages vivants,
elles dansent sur les toits et offrent par leurs présences un prolongement
poétique et aérien aux songes et aux rêveries des personnages.
Des oiseaux moqueurs sur tiges animent eux aussi le ciel du décor et
ouvrent le spectacle; un mouton de poussière insolant prend vie sous la forme
d'une marionnette à gaine et provoque la gardienne.
Les accessoires :
Attaché à proposer un univers visuel inventif et très présent, la compagnie " les petits cailloux "
accorde un soin tout particulier à la recherche d'objets et d'accessoires plus cocasses
les uns que les autres : au delà des éléments de costumes, nous y trouverons pêle-mêle
un balai doté d'un incroyable sens de l'équilibre, un crayon à mine gigantesque associé
à un carnet de notes ridiculement petit, une pluie de pétales de fleurs, des flocons de neige
ronds comme des bulles...
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THEMATIQUES ET CONCLUSION
Xénophobie, exclusion, précarité, repli sur soi, solitude, mais aussi cet imaginaire si nécessaire à l'approche
puis à la rencontre tolérante et respectueuse de l'autre et de ses différences, sont les grands thèmes
abordés par la pièce.
Imagé, ciselé et chantant, le texte généreux de Monique Enckell offre un avenir vivifiant à l'ensemble de ses
personnages; chacun y est en progrès et animé par l'emergence de sentiments peu à peu pacifiés,
amicaux ou amoureux.
Après un démarrage tempétueux, caractérisé par les invectives de la gardienne à l'égard de tout ce qui la contrarie
en ce bas monde, ( et il y en a ), le pouvoir attractif des étoiles et de "demi-lune", l'ouverture au monde,
au lointain et à la diversité des influences et des cultures symbolisé par " l'Homme Tambourin ",
va inspirer à chacun les rêveries puis les gestes et la parole d'une humanité réinventée.
" Monique Enckell nous délivre un message d'espoir dans la vie de l'esprit, pour peu que nous discernions
à nouveau la richesse des mythes fondateurs.
Car la réalité n'existe pas. Seul le rêve lui donne sa dimension. Et si, pour Petit homme,
le réel est redevenu vivable, c'est que le rêve irrigue à nouveau sa pensée."
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